Entre le marteau de la grande distribution et l’enclume du commerce parallèle
Les libraires font normalement leurs plus gros chiffres d’affaires durant cette période de rentrée scolaire. Mais avec la concurrence des grandes surfaces, et de leurs centrales d’achats qui leur permettent de proposer des prix plus avantageux, puis le commerce parallèle qui se met lui aussi sur le créneau de la fourniture scolaire, les temps sont durs pour les petits libraires…
Dans notre pays, l’enseignement est généralisé et obligatoire, que l’on habite un village montagneux, ou que l’on soit aux portes du désert. Vers la mi-septembre, tous les enfants du pays rejoignent leur classe, dûment équipés et armés, pour la lutte contre l’ignorance, et le sous-développement. C’est la rentrée scolaire, le temps d’acheter un nouveau cartable au petit dernier, les cahiers, les stylos, les règles et compas… Et si l’école est gratuite, les fournitures scolaires, elles, ne le sont pas. Ce qui est aussi censé faire vivre tout un secteur de l’économie nationale. Car la rentrée, c’est aussi la saison traditionnelle des bousculades dans les librairies et papeteries de tout le pays. Sauf qu’on s’y bouscule de moins en moins. Est-ce l’effet de l’organisation nouvelle de nos parents d’élèves ? Seraient-ils devenus soudain plus prévoyants et auraient-ils fait leurs achats longtemps à l’avance ? Rien de moins sûr. C’est que la concurrence, pas toujours loyale, soit dit en passant, se fait rude ! D’une part, le commerce parallèle (encore lui) se met à piétiner les plates-bandes des libraires, et d’autre part, les grandes surfaces qui disposent de centrales d’achats importantes peuvent proposer leurs crayons de couleurs et autres cahiers à des prix nettement plus compétitifs. Et si ces hypermarchés ne sont pas encore très nombreux, s’ils ne quadrillent pas tout à fait tout le territoire de la république, y faire son shopping est désormais à la mode, et commence à rentrer dans les mœurs du Tunisien moyen. Les petites librairies de quartiers ont parfois bien du mal à supporter la comparaison en terme de choix proposés, de prix, évidemment, mais il paraît que l’on n’arrête pas le progrès ! Le petit commerce reste pourtant important, dans notre pays, dans la mesure où il est un pourvoyeur d’emplois conséquent, et contribue largement à la cohésion sociale…
La grande distribution est dans l’air du temps
Mais bon, après tout, les spécialistes géants de la distribution payent aussi des impôts, recrutent des caissiers, des chefs de rayons, mais aussi des cadres financiers, pour assurer la gestion d’une aussi grosse affaire ! Puis la tendance de l’époque, l’air du temps veulent cela. On pourra toujours regretter les vieilles habitudes, mais bien des pays sont passés par là… Le changement à ce niveau paraît quasi inéluctable… Malgré quelques initiatives prises par quelques chambres de commerce, comme au Maroc, par exemple, qui viseraient à coordonner les efforts des petits commerçants, pour qu’ils puissent s’offrir, eux aussi, une centrale d’achat. Plus facile à dire qu’à faire, mais c’est une autre histoire… En ce qui nous concerne, chez nous, en Tunisie, nous ne nous en sommes pas encore là, et de toute façon, un problème à la fois plus épineux et plus difficile à cerner cause de sérieux embarras à nos petits libraires : celui du commerce parallèle.
Les crayons de couleurs du commerce parallèle
C’est que le Tunisien, bien avant l’arrivée des enseignes étrangères de la grande distribution, s’adressait déjà aux marchands ambulants des souks hebdomadaires, et aux étals de souk Libya, achalandés de pacotille internationale. La nouveauté ? C’est que ces commerçants se sont professionnalisés, se sont accaparés certaines rues de la capitale, et écoutent eux aussi la demande du marché, pour s’y adapter et y répondre, pour un profit maximal. Avec cette rentrée scolaire, voilà que les cartables, les boîtes de stylos-feutres et de crayons de couleurs, les petits ciseaux, bref toutes les fournitures de la rentrée deviennent aussi disponibles à la rue Sidi Boumendil, comme à la rue des Salines. Sans avoir à payer de TVA, ni d’impôts, ni même de loyers, les prix sont évidemment sans concurrence. Et voilà nos industriels locaux, et nos petits libraires doublement chagrinés, et fortement lésés. Certains se mettent même à se fournir dans les mêmes circuits pour pouvoir vivoter, et repousser la date de la fermeture…
Entre le marteau et l’enclume
Si la grande distribution est somme toute le résultat d’une évolution naturelle, et si nos marchés ne pouvaient rester plus longtemps épargnés par ce qui est une tendance internationale, le commerce parallèle, c’est une autre affaire. Protéiforme, insaisissable, ce fléau contribue largement à créer des difficultés nouvelles et inédites pour l’économie nationale, et surtout, pour les petits acteurs. Déjà fragilisés par l’offre pléthorique, mondialisation oblige, comment pourraient-ils faire face à une concurrence qui se place délibérément hors-la-loi pour engranger des bénéfices toujours plus juteux ? Mais pouvons-nous en vouloir à ce pauvre parent d’élève, confronté aux dépenses de la rentrée ? Et suffirait-il de mettre sur la sellette le petit marchand et sa vitrine en carton ambulante ? Le mal est à extirper… à la source.
Oualid CHINE
Le Temps
Les libraires font normalement leurs plus gros chiffres d’affaires durant cette période de rentrée scolaire. Mais avec la concurrence des grandes surfaces, et de leurs centrales d’achats qui leur permettent de proposer des prix plus avantageux, puis le commerce parallèle qui se met lui aussi sur le créneau de la fourniture scolaire, les temps sont durs pour les petits libraires…
Dans notre pays, l’enseignement est généralisé et obligatoire, que l’on habite un village montagneux, ou que l’on soit aux portes du désert. Vers la mi-septembre, tous les enfants du pays rejoignent leur classe, dûment équipés et armés, pour la lutte contre l’ignorance, et le sous-développement. C’est la rentrée scolaire, le temps d’acheter un nouveau cartable au petit dernier, les cahiers, les stylos, les règles et compas… Et si l’école est gratuite, les fournitures scolaires, elles, ne le sont pas. Ce qui est aussi censé faire vivre tout un secteur de l’économie nationale. Car la rentrée, c’est aussi la saison traditionnelle des bousculades dans les librairies et papeteries de tout le pays. Sauf qu’on s’y bouscule de moins en moins. Est-ce l’effet de l’organisation nouvelle de nos parents d’élèves ? Seraient-ils devenus soudain plus prévoyants et auraient-ils fait leurs achats longtemps à l’avance ? Rien de moins sûr. C’est que la concurrence, pas toujours loyale, soit dit en passant, se fait rude ! D’une part, le commerce parallèle (encore lui) se met à piétiner les plates-bandes des libraires, et d’autre part, les grandes surfaces qui disposent de centrales d’achats importantes peuvent proposer leurs crayons de couleurs et autres cahiers à des prix nettement plus compétitifs. Et si ces hypermarchés ne sont pas encore très nombreux, s’ils ne quadrillent pas tout à fait tout le territoire de la république, y faire son shopping est désormais à la mode, et commence à rentrer dans les mœurs du Tunisien moyen. Les petites librairies de quartiers ont parfois bien du mal à supporter la comparaison en terme de choix proposés, de prix, évidemment, mais il paraît que l’on n’arrête pas le progrès ! Le petit commerce reste pourtant important, dans notre pays, dans la mesure où il est un pourvoyeur d’emplois conséquent, et contribue largement à la cohésion sociale…
La grande distribution est dans l’air du temps
Mais bon, après tout, les spécialistes géants de la distribution payent aussi des impôts, recrutent des caissiers, des chefs de rayons, mais aussi des cadres financiers, pour assurer la gestion d’une aussi grosse affaire ! Puis la tendance de l’époque, l’air du temps veulent cela. On pourra toujours regretter les vieilles habitudes, mais bien des pays sont passés par là… Le changement à ce niveau paraît quasi inéluctable… Malgré quelques initiatives prises par quelques chambres de commerce, comme au Maroc, par exemple, qui viseraient à coordonner les efforts des petits commerçants, pour qu’ils puissent s’offrir, eux aussi, une centrale d’achat. Plus facile à dire qu’à faire, mais c’est une autre histoire… En ce qui nous concerne, chez nous, en Tunisie, nous ne nous en sommes pas encore là, et de toute façon, un problème à la fois plus épineux et plus difficile à cerner cause de sérieux embarras à nos petits libraires : celui du commerce parallèle.
Les crayons de couleurs du commerce parallèle
C’est que le Tunisien, bien avant l’arrivée des enseignes étrangères de la grande distribution, s’adressait déjà aux marchands ambulants des souks hebdomadaires, et aux étals de souk Libya, achalandés de pacotille internationale. La nouveauté ? C’est que ces commerçants se sont professionnalisés, se sont accaparés certaines rues de la capitale, et écoutent eux aussi la demande du marché, pour s’y adapter et y répondre, pour un profit maximal. Avec cette rentrée scolaire, voilà que les cartables, les boîtes de stylos-feutres et de crayons de couleurs, les petits ciseaux, bref toutes les fournitures de la rentrée deviennent aussi disponibles à la rue Sidi Boumendil, comme à la rue des Salines. Sans avoir à payer de TVA, ni d’impôts, ni même de loyers, les prix sont évidemment sans concurrence. Et voilà nos industriels locaux, et nos petits libraires doublement chagrinés, et fortement lésés. Certains se mettent même à se fournir dans les mêmes circuits pour pouvoir vivoter, et repousser la date de la fermeture…
Entre le marteau et l’enclume
Si la grande distribution est somme toute le résultat d’une évolution naturelle, et si nos marchés ne pouvaient rester plus longtemps épargnés par ce qui est une tendance internationale, le commerce parallèle, c’est une autre affaire. Protéiforme, insaisissable, ce fléau contribue largement à créer des difficultés nouvelles et inédites pour l’économie nationale, et surtout, pour les petits acteurs. Déjà fragilisés par l’offre pléthorique, mondialisation oblige, comment pourraient-ils faire face à une concurrence qui se place délibérément hors-la-loi pour engranger des bénéfices toujours plus juteux ? Mais pouvons-nous en vouloir à ce pauvre parent d’élève, confronté aux dépenses de la rentrée ? Et suffirait-il de mettre sur la sellette le petit marchand et sa vitrine en carton ambulante ? Le mal est à extirper… à la source.
Oualid CHINE
Le Temps





Abdelhalim Hafed - موعود
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