Record absolu sur les gradins de l’amphithéâtre. On cherchait les places, on se disputait les chaises. Les billets étaient-ils en surnombre ? Les spectateurs étaient-ils 15 000, 16 000 ou plus ? On ne sait. En tout cas l’affluence observée ce soir du mercredi 11 août a dépassé celle de tous spectacles précédents. On n’a pas vu cela lors des galas de Wael Kfouri et de Nancy Ajram.
Pas même lors du spectacle houleux de Amina Fakhet. Le public de Kadhem Essaher n’était pas seulement plus massif mais plus passionné. Ils étaient de tous les âges, qui bradissaient des banderoles à l’adresse de leur idole dont la popularité, vieille déjà de plus de dix ans, n’a pas pris une ride. Ils étaient là à accompagner en choeur les « qacids » récités à voix dolente puis donnés à la pureté de toutes ces mélodies au rythme dégagé et à la cadence incisive. Tout le monde était debout, non pour se déhancher, mais pour vibrer à l’unisson d’une musique généreuse, d’une voix qu’excèdent l’émotion, la douleur et l’amour. « Ce chant, remarque à juste raison un spectateur, ne fait pas danser les corps mais les coeurs ! ».
Record absolu d’affluence, mais également record absolu d’endurance. Kadhem Essaher a chanté durant 3 heures 15 minutes, s’il vous plaît ! Personne n’a vu le temps passer. Au bout, à bout, le rossignol de l’Irak en est venu à supplier ses fans pour qu’ils le laissent partir se reposer, mais ceux-là étaient impitoyables, insatiables, et réclamaient d’autres chansons d’un répertoire déjà immense, beaucoup plus étendu en tout cas que ne le permet l’espace d’un gala de 2 ou de 3 heures. Toutes les nouvelles chansons de Kadhem ont été interprétées avec maestria et professionnalisme, mais aussi les anciens succès dont « Ach-hadou » et « la tahrimouni ». Comme il l’avait fait l’année dernière lorsqu’il chanta a capella et en exclusivité quelques extraits de « hafiyata’lqadamayn » alors qu’elle n’était pas encore complètement composée et enregistrée, Kadhem Essaher a proposé cette fois « Qolli kalaman », un autre « qacid » de Nizar Qabbani dont il sera certainement fait un prochain clip à succès.
Kadhem Essaher n’est pas seulement un grand artiste ; il est aussi un grand pédagogue. Impressionnant est ce don qu’il a de vous communiquer son oeuvre alors même qu’elle est au stade de l’expérimentation, non encore issue du filtre définitif et du laboratoire ultime de la muse. Le public répétait déjà par coeur les refrains entraînants d’un « qacid » qu’il entendait pour la première fois. Ce sera donc une autre pierre ajoutée à l’édifice artistique du grand maître, celui qui, seul parmi sa génération, avait réussi le tour de force d’imprégner à cette jeunesse habituée aux sabirs de la chanson actuelle et aux airs musicalement arides, l’amour du poème versifié, chanté en arabe littéraire et avec l’émotion méditative qui sied à son statut. Dans cette poésie, désormais personnelle, la note dominante est élégiaque, pleine de « chajan », où l’impression d’amertume et de douleur revient en leitmotiv. Kadhem chante l’amour, son répertoire est riche de romances et d’oeuvres lyriques, mais au début de son concert il chante aussi l’Irak torturé et l’interpelle à travers la ville martyrisée Baghdad : « Baghdadou la ta ta’allami » (ش Baghdad ne souffre pas ! ».
Le chanteur irakien a chanté pendant plus de trois heures et était encore à plusieurs longueurs de donner tout ce dont il était capable. Trois heures et quart"et pas une goutte de sueur ! Tel le marathonien qui, au bout de ses 42 km, ne perd que quelques décilitres de son « jus » et de sa « sève », il évolue résolument hors du troupeau aux chemises mouillées"
Manifestement moderne, Kadhem exprime dans le même temps un enthousiasme premier pour l’art classique. Il réalise une belle fusion entre l’idéal esthétique auquel il aspire et l’authenticité arabe et irakienne dont il se réclame.
Le connaisseur et le mélomane ne peuvent pas ne pas s’émerveiller devant l’intérêt technique de cette musique, la pertinence des distributions, la valeur artistique des mélodies et la « propreté » de l’exécution due à ces instrumentistes talentueux et professionnels : la pratique des violons jouant à l’unisson est, à ce propos, l’une des plus belles et des plus pures jamais entendues ; la mélodie, toujours dépouillée et nette, est souvent accompagnée de divers genres de trémolos et staccatos bien venus et jamais surfaits.
Bref, hormis une sono assez défectueuse dans les basses (n’est-ce pas monsieur l’ingénieur de son que la direction du festival a fait venir spécialement de France ?), le spectacle fut un succès total et le chant frisa la perfection.
On était manifestement en présence d’un art achevé et d’un artiste accompli. C’est assez dire combien, pour ce chanteur-compositeur-poète et séducteur (durement décrié il y a dix ans par une presse paresseuse, envieuse, et qui ne lui prédisait aucun avenir), le don, la sincérité, l’expérience intimement vécue, l’endurance et le travail, le travail, toujours le travail (au sens étymologique d’abord) sont d’une importance capitale.
NEBIL RADHOUANE
Le temps
Pas même lors du spectacle houleux de Amina Fakhet. Le public de Kadhem Essaher n’était pas seulement plus massif mais plus passionné. Ils étaient de tous les âges, qui bradissaient des banderoles à l’adresse de leur idole dont la popularité, vieille déjà de plus de dix ans, n’a pas pris une ride. Ils étaient là à accompagner en choeur les « qacids » récités à voix dolente puis donnés à la pureté de toutes ces mélodies au rythme dégagé et à la cadence incisive. Tout le monde était debout, non pour se déhancher, mais pour vibrer à l’unisson d’une musique généreuse, d’une voix qu’excèdent l’émotion, la douleur et l’amour. « Ce chant, remarque à juste raison un spectateur, ne fait pas danser les corps mais les coeurs ! ».
Record absolu d’affluence, mais également record absolu d’endurance. Kadhem Essaher a chanté durant 3 heures 15 minutes, s’il vous plaît ! Personne n’a vu le temps passer. Au bout, à bout, le rossignol de l’Irak en est venu à supplier ses fans pour qu’ils le laissent partir se reposer, mais ceux-là étaient impitoyables, insatiables, et réclamaient d’autres chansons d’un répertoire déjà immense, beaucoup plus étendu en tout cas que ne le permet l’espace d’un gala de 2 ou de 3 heures. Toutes les nouvelles chansons de Kadhem ont été interprétées avec maestria et professionnalisme, mais aussi les anciens succès dont « Ach-hadou » et « la tahrimouni ». Comme il l’avait fait l’année dernière lorsqu’il chanta a capella et en exclusivité quelques extraits de « hafiyata’lqadamayn » alors qu’elle n’était pas encore complètement composée et enregistrée, Kadhem Essaher a proposé cette fois « Qolli kalaman », un autre « qacid » de Nizar Qabbani dont il sera certainement fait un prochain clip à succès.
Kadhem Essaher n’est pas seulement un grand artiste ; il est aussi un grand pédagogue. Impressionnant est ce don qu’il a de vous communiquer son oeuvre alors même qu’elle est au stade de l’expérimentation, non encore issue du filtre définitif et du laboratoire ultime de la muse. Le public répétait déjà par coeur les refrains entraînants d’un « qacid » qu’il entendait pour la première fois. Ce sera donc une autre pierre ajoutée à l’édifice artistique du grand maître, celui qui, seul parmi sa génération, avait réussi le tour de force d’imprégner à cette jeunesse habituée aux sabirs de la chanson actuelle et aux airs musicalement arides, l’amour du poème versifié, chanté en arabe littéraire et avec l’émotion méditative qui sied à son statut. Dans cette poésie, désormais personnelle, la note dominante est élégiaque, pleine de « chajan », où l’impression d’amertume et de douleur revient en leitmotiv. Kadhem chante l’amour, son répertoire est riche de romances et d’oeuvres lyriques, mais au début de son concert il chante aussi l’Irak torturé et l’interpelle à travers la ville martyrisée Baghdad : « Baghdadou la ta ta’allami » (ش Baghdad ne souffre pas ! ».
Le chanteur irakien a chanté pendant plus de trois heures et était encore à plusieurs longueurs de donner tout ce dont il était capable. Trois heures et quart"et pas une goutte de sueur ! Tel le marathonien qui, au bout de ses 42 km, ne perd que quelques décilitres de son « jus » et de sa « sève », il évolue résolument hors du troupeau aux chemises mouillées"
Manifestement moderne, Kadhem exprime dans le même temps un enthousiasme premier pour l’art classique. Il réalise une belle fusion entre l’idéal esthétique auquel il aspire et l’authenticité arabe et irakienne dont il se réclame.
Le connaisseur et le mélomane ne peuvent pas ne pas s’émerveiller devant l’intérêt technique de cette musique, la pertinence des distributions, la valeur artistique des mélodies et la « propreté » de l’exécution due à ces instrumentistes talentueux et professionnels : la pratique des violons jouant à l’unisson est, à ce propos, l’une des plus belles et des plus pures jamais entendues ; la mélodie, toujours dépouillée et nette, est souvent accompagnée de divers genres de trémolos et staccatos bien venus et jamais surfaits.
Bref, hormis une sono assez défectueuse dans les basses (n’est-ce pas monsieur l’ingénieur de son que la direction du festival a fait venir spécialement de France ?), le spectacle fut un succès total et le chant frisa la perfection.
On était manifestement en présence d’un art achevé et d’un artiste accompli. C’est assez dire combien, pour ce chanteur-compositeur-poète et séducteur (durement décrié il y a dix ans par une presse paresseuse, envieuse, et qui ne lui prédisait aucun avenir), le don, la sincérité, l’expérience intimement vécue, l’endurance et le travail, le travail, toujours le travail (au sens étymologique d’abord) sont d’une importance capitale.
NEBIL RADHOUANE
Le temps





Abdelhalim Hafed - موعود
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