Nour Mhenna et Pascale Mechalani Une voix... et demie



On s'attendait à voir, en première partie, Pascale Mechalani, mais c'est Nour Mhenna qui fut présenté sans précision aucune sur la suite du programme. Le public, venu pour les deux, n'en saura rien jusqu'à minuit, heure à laquelle le ténor syrien décida de quitter la scène après avoir chanté plus de deux heures d'affilée.. .pour le bonheur des mélomanes, au grand dégoût des « mal-entendants ».






Curieusement, personne sur les gradins, pas même ceux qui avaient hâte de découvrir la robe de Pascale et apprécier son physique de potiche chantante, ne regrettera cette rallonge de « tarab » pur dont les gratifiera Nour. Une voix de la plus belle eau


Aucun geste de lassitude parmi le public, rien que des « ah» d'émotion à chaque inflexion d'une voix puissante sans être agressive, résonnante mais souple et expressive. L'étendue vocale de Nour Mhenna est très proche du ténor coloratur, avec une tessiture large et dense. Le timbre cristallin et éclatant est, chose rare, très souple, extrêmement modulable et coloré. Plus que la toute-puissance de cette voix, ce sont les inflexions émotives qui font son charme et son originalité. Toutes proportions gardées, la voix de Nour est un beau croisement de Wadi Essafi (dans les graves) et de Sabah Fakhri (dans les aigus). Tant et si bien qu'il ne pourra pas lui être reproché d'avoir puisé les deux tiers de ses chansons dans le répertoire classique : Souad Mohamed, Oum Kalthoum et le patrimoine syrien. Pour peu que l'on songe à sa version aujourd'hui inégalée de « Whachtini », on ne pourra qu'apprécier à sa juste valeur le don qu'il a de réinventer à sa manière les chefs d'œuvre de la musique arabe en y mettant de son souffle et de son âme. Un vrai moment de délectation fut aussi son interprétation d'un extrait de « Hobbi in » de Oum Kalthoum. Mais c'est dans le finale que Nour Mhenna aura ému le public jusqu'aux larmes, lorsque, de sa voix à la force tranquille, il interprétera une chanson dédiée à la Palestine. Les 9000 spectateurs étaient debout, applaudissaient le chanteur et saluaient l'artiste qui ne se pressait pas, cependant que Pascale, dans les coulisses, devait être sur des charbons ardents. Qui a dit que le public tunisien n'était pas mélomane et ne goûtait pas le grand art ? Il a suffi, voyez-vous, que Nour le tirât vers le haut !


Ne se souciant guère des prescriptions officielles du festival, ni des considérations administratives de Rotana (lesquelles, soit dit en passant, n'ont que peu de rapport avec l'art), Nour Mhenna n'écoutera que la voix de sa conscience artistique et ne fera grand cas que de ses propres exigences musicales. Il ne se contentera pas, par conséquent, d'une moitié de gala mais se réservera le droit de meubler une soirée complète, digne de son rang et de sa voix.

...et demie


Si Nour Mhenna est une voix et demie, Pascale Mechalani est une demix- voix.-Lapetite part tardive, que lui a laissée Nour aura cer-tàiném'êbt perïïm'àu large public de mesurer la différence entre deux troupes musicales, deux styles de chants et deux valeurs artistiques, voire entre deux mondes. Qu'il y a loin !


Pascale est-elle digne de se produire à Carthage ? Et à plus forte raison aux côtés de Nour Mhenna ? Ce ne sont pas ses chansons .ressemblant à des comptines populaires ou à des berceuses pour enfants cacochymes qui répondront par l'affirmative. Ni l'étranglement disgracieux d'une voix cassée, qui n'a rien d'un voile à la Chirine Abdelwahab ou même d'une Dina Hayek.


Pascale mérite tout de même qu'on lui dise tous : « Merci du compliment ! », puisqu'elle a ouvert son concert par un éloge trompeté de Carthage, de la Tunisie et des Tunisiens, avant, bien entendu, de chanter le chef d'œuvre de Hédi Tounsi (le Tunisien) et de répéter en articulant bien la rime : « habbaytou » et « secraytou ». Là, décidément, l'art trébuchait plusieurs classes ' dessous, le chant grinçait beau-:- coup trop, et nous étions à vingt mille lieues de Nour Mhenna et de son timbre rossignol.



Nebil RADHOUANE
Le temps


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