Noyer le poisson dans l’eau Par M'Hamed BEN YOUSSEF



Dans sa quête forcenée d’arracher un second mandat, George W. Bush tente par tous les moyens de trouver la sortie la moins humiliante possible du bourbier irakien dans lequel il a plongé, la tête la première.

Il ne s’agit pas pour autant d’une évacuation militaire à la va-vite , loin de là, mais d’obtenir un répit quelconque pour les GI’s durant la période cruciale des présidentielles. Ceux-ci souffrent le martyr dans l’enfer légué par Saddam Husseïn qui a eu l’ingéniosité de parier sur la résistance populaire irakienne qu’il a faite doter d’immenses réserves en armes sophistiquées.

Pour cela, le locataire de la Maison-Blanche a recours à toute une panoplie de stratagèmes afin de donner l’impression à l’Américain moyen que son désengagement de l’Irak est réel et que la plupart des pays du monde — encore un mensonge — sont à ses côtés dans son entreprise guerrière à outrance dans le Golfe.

— Le 25 juin dernier, il y a eu le «transfert» fugitif du pouvoir à une autorité irakienne composée d’anciens exilés pro-américains et la nomination d’un premier ambassadeur US à Bagdad en remplacement de Bremer qui a lamentablement échoué dans tout ce qu’il a entrepris.


— Vendredi passé, les pays de l’OTAN ont été acculés, malgré l’opposition de la France, à conclure à Bruxelles un accord avec les Etats-Unis concernant l’entraînement des forces irakiennes qui connaissent, actuellement, une débandade indescriptible et des massacres à répétition à la voiture piégée.

— Mercredi passé, une initiative sans précédent a été solennellement annoncée en commun, à Ryadh, par Colin Powell et Saoud Al Fayçal le ministre des A.E selon laquelle «ils examinaient la possibilité d’envoyer en Irak une force alimentée par les pays musulmans destinée à soutenir la force multinationale conduite par les Etats-Unis.
L’Arabie Saoudite propose que les pays arabes ou musulmans qui n’ont pas de frontière commune avec l’Irak participent à cette force. Ont été mentionnés comme de possibles contributeurs : la Malaisie, l’Algérie, le Bangladesh, l’Indonésie, le Pakistan et le Maroc».

Autant d’effervescence diplomatique est la preuve tangible que la panique s’est emparée irrésistiblement de la fauconnerie, cette confrérie de menteurs invétérés face à la montée en puissance du démocrate Kerry qui semble avoir le vent en poupe après la tenue prometteuse de la Convention démocrate à Boston (Lire notre rubrique Commentaire). Du reste, certains prêtent même l’intention à Dick Cheney de renoncer à briguer un nouveau mandat de vice-président.

Alors, pour tenter d’en sortir avec le moindre mal, Bush a opté pour l’internationalisation tous azimuts du conflit irakien. Plus la mêlée est grande avec l’incorporation du maximum d’Etats y compris, cette fois-ci plusieurs pays arabes et islamiques, plus l’opinion américaine trouve «justifiée» l’agression sans précédent d’un pays souverain et plus sera minimisé le rôle criminel des nouveaux évangélistes à la tête de cette hyper-puissance en mal de violation des territoires d’autrui. C’est là du moins ce que pensent les promoteurs de l’axe du mal.

L’envoi de troupes arabes et islamiques dans l’état actuel des choses n’est pas tout aisé d’autant plus qu’un tas d’ouvriers étrangers de diverses nationalités au service des Américains sont enlevés, voire décapités au sabre. Et je ne vois pas qui, parmi les leaders sensés, osera le faire à un moment où plusieurs Etats sont acculés à décréter sous la menace, l’évacuation dare dare de la Mésopotamie.

Heureusement, que «jusqu’à présent, il n’existe pas de position commune» selon le porte-parole de la Ligue Arabe, Hussam Zaki, «sur la nature du rôle que les pays arabes peuvent jouer».

Quant à Amr Moussa, il est formel «pas question que des forces arabes servent autrement que sous la direction de l’ONU». C’est ce qu’on appelle «obtenir un délai salutaire de réflexion coïncidant avec l’approche du scrutin présidentiel où l’exécutif américain se trouvera immanquablement paralysé. Pourvu, toutefois, que Kerry fasse boire la coupe à Bush jusqu’à la lie !

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