Hédi Habbouba à Carthage: Un retour réussi



Une entrée sobre, sans fanfare musicale, sans jeux de lumière, uniquement sous une «standing ovation» d’un public venu en masse pour assister au spectacle d’une figure emblématique de l’art populaire tunisien: Hédi Habbouba, un artiste qui symbolise la réussite et la résurrection de la chanson populaire. Un chanteur «locomotive» pour tous les autres noms de la scène populaire et qui demeure plein de bonhomie, d’humour et de modestie. Dans ces ovations, il y avait de la reconnaissance méritée pour un artiste qui a beaucoup donné à la chanson populaire et au patrimoine tunisien. C’est le cas de le dire, Hédi Habbouba est passé du statut de chanteur populaire et folklorique à celui de représentant de tout un patrimoine qu’il conserve désormais depuis presque 30 ans de carrière.


Après une longue absence, Hédi Habbouba retourne sur scène avec un nouveau spectacle Ezzomiati, titre de sa dernière production et en même temps première chanson populaire tournée en clip. Il retourne sur la prestigieuse scène de Carthage pour présenter un spectacle de deux heures interrompues de 15 minutes. Pour un chanteur d’une cinquantaine d’années, Habbouba s’est comporté comme un charme à l’amphithéâtre de Carthage. Dirigeant un orchestre d’une trentaine de musiciens dont 24 percussionnistes, il a fait preuve d’une grande souplesse et d’une parfaite maîtrise de la scène. Et il faut bien le reconnaître, le public a été servi. Un public qui vient voir Habbouba danser sur la scène de Carthage. C’était spectaculaire et ça risque d'être historique. Par ailleurs, ce spectacle a coûté à Hédi Habbouba un mois et demi de préparation physique et de répétitions :
Ezzomiati à Carthage était un spectacle réussi sur le plan de la prestation artistique.



Ezzomiati, c’est quoi ?


Mais, en fait, c’est quoi Ezzomiati ? Il s’agit d’un genre de sorcellerie qui nous vient de nos ancêtres les Berbères. Dans la chanson en question, Habbouba «conseille» de s’éloigner de ce genre de pratiques. La chanson populaire a toujours reflété une dimension psycho-sociale qui reproduit le vécu du commun des Tunisiens et éclaire sur sa perception du sentiment : amour, désillusion, jalousie, déchirement, espoir. Mais cette reproduction se fait toujours sous forme de fête en ayant recours à des images fortes et à un rythme inscrit désormais dans nos traditions les plus profondes.


L’une des images les plus révélatrices de la chanson populaire est celle de la femme. Et Hédi Habbouba en a tout un répertoire digne d’un immense travail de sociologue. Aouicha et Om ech-chouour essoud ne sont qu’un infime exemple. Deux chansons que Habbouba a reprises pour Ezzomiati et qui ont enflammé un public profondément marqué par toute une époque. Un public qui a investi les gradins du théâtre de Carthage (Habbouba a joué à guichets fermés) et qui est venu pour faire la fête avec du cent pour cent de chez nous. C’est au metteur en scène qu’on reprochera le «déjà-vu» des tableaux. Le chanteur méritait une mise en scène beaucoup plus sophistiquée, beaucoup plus axée sur l’époque moderne. Hédi Habbouba nous répondra: «C’est pour éloigner le mauvais œil!»


La Presse


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