Mandat d’arrêt contre Béchir: division de la communauté internationale



La Cour pénale internationale a annoncé avoir délivré un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour.
"Aujourd'hui, la chambre préliminaire 1 (...) a émis un mandat d'arrêt contre le président du Soudan Omar el-Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité", a déclaré la porte-parole de la CPI, lors d'une conférence de presse.

La Cour n'a pas émis de mandat d'arrêt contre Béchir pour génocide, contrairement à ce qu'avait demandé le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo.

Ce dernier a déclaré que "Le gouvernement soudanais est obligé par le droit international d'exécuter le mandat d'arrêt sur son territoire".
Sauf que pour le ministre de la Justice soudanais, Abdel Basit Sabdarat, il n’est pas question de coopérer avec la CPI."Elle n'est pas compétente (pour le Soudan), il s'agit d'une décision politique", a-t-il souligné.

Mais encore, le ministre d'Etat soudanais aux Affaires étrangères, Ali Karti a assuré que le président soudanais Omar el-Béchir participera au sommet arabe de Doha prévu fin mars. Karti a souligné par ailleurs l'"engagement" du gouvernement soudanais à respecter les accords de paix signés avec les rebelles et son "attachement à l'immunité et aux privilèges dont jouissent les organisations internationales et régionales et les ambassades étrangères" au Soudan.


A Khartoum, des milliers de Soudanais manifestaient leur soutien au président Omar el-Béchir, premier chef d'Etat de l'histoire visé par un mandat d'arrêt de la CPI.
"Nous t'aimons président Béchir", scandaient plus d'un millier de personnes réunies sur les bords du Nil, dans le centre de Khartoum, selon un journaliste sur place.
Le porte-parole de l'armée, Osman al-Aghbash, cité par Radio Omdurman (officielle), avait déclaré que l'armée soudanaise réagirait "avec fermeté contre quiconque collaborant avec la Cour pénale internationale".

Pour le président de la Commission de l'Union africaine Jean Ping, ce mandat d'arrêt de la CPI pourrait menacer la paix au Soudan.
Cette position a déjà été énoncée plusieurs fois par les 53 Etats membres de l'UA.
Ping a indiqué qu'une réunion extraordinaire du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA sur ce sujet se tiendrait jeudi au siège de l'organisation continentale à Addis Abeba.
"Nous constatons que la justice internationale ne semble appliquer les règles de la lutte contre l'impunité qu'en Afrique comme si rien ne se passait ailleurs, en Irak, à Gaza, en Colombie ou dans le Caucase", a-t-il déclaré.
Même son de cloche pour la Ligue arabe qui a averti qu’un mandat d'arrêt aurait "des conséquences dangereuses sur les efforts de paix en cours au Darfour.

De son côté l’Egypte s’est déclaré "très troublée" par sa décision de délivrer un mandat d'arrêt à l’encontre de Béchir.
En effet, le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit "appelle le conseil de sécurité des Nations unies à se réunir en urgence (...) dans le but de prendre une décision appelant à la mise en oeuvre de l'article 16 (prévoyant que la) Cour retarde l'inculpation" du président soudanais, selon l'agence officielle MENA.

Même inquiétude côté russe, ainsi l'émissaire russe pour le Soudan Mikhaïl Marguelov a déclaré que d’inopportune la décision de la CPI et créera un dangereux précédent (...) et risque d'avoir des conséquences négatives sur le Soudan".
Ces positions de soutien au président soudanais sont loin d’être partagé par les rebelles darfouris et surtout par l’ensemble de l’Occident.
Le mandat d'arrêt émis mercredi par la CPI contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour marque "un grand jour" pour les peuples du Soudan et du Darfour, a déclaré un responsable des groupes dits rebelles darfouris, soit Mohammed Hussein Charif, représentant du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).
Les capitales occidentales ont pris acte de la décision avec une satisfaction mesurée au nom de la lutte contre l'impunité. Comme l'ONU, elles demandent au Soudan de "coopérer" avec la justice internationale, insistant sur son "indépendance".

Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a déclaré « soutenir le processus indépendant qui a conduit à cette décision ».
Le chef de la diplomatie britannique a, de plus, "exhorté l'ensemble des parties présentes au Soudan et dans la région à soutenir" les efforts en vue de la résolution du conflit au Darfour.
Paris a demandé "instamment au Soudan de coopérer pleinement avec la CPI pour la mise en oeuvre" de ses décisions.
"Ceux qui ont commis des atrocités doivent être présentés à la justice", a estimé Washington.
Pour Amnesty International la décision du CPI est un "signal important" pour les droits de l'Homme au Darfour et dans le reste du monde.
Elle a insisté pour que le président soudanais se livre à la CPI.
Toutefois, Amnesty appelle tous les pays dans lesquels le président soudanais pourrait se rendre à l'arrêter et à le remettre à la CPI.
A noter que la CPI avait émis des mandats d'arrêt contre le ministre soudanais des Affaires humanitaires, Ahmed Haroun, et le chef de milice janjawid, Ali Kosheib, en mai 2007, mais Omar el-Béchir a toujours refusé de les extrader.
La CPI ne dispose d'aucune force de police propre et dépend de la volonté des Etats pour l'exécution des mandats d'arrêt
Source : Al Manar



Commentaires


3 de 3 commentaires pour l'article 15232

La vie  (email)  |Jeudi 05 Mars 2009 à 23h 11m |           
Le pauvre, il n'a fait que 300milles morts!

Ahmed  (email)  |Jeudi 05 Mars 2009 à 08h 22m |           
Toujour la même chose avec cet occident double poids et mesure, pourquoi n'ont ils pas demandé les dirigents d'israel pour telle cours

Ouns  (email)  |Jeudi 05 Mars 2009 à 00h 38m |           
Un nouveau pas dans la debacle du monde arabe et une nouvelle defaite pour son unité pretendue.