La victoire, mais quand ? Contrairement à la plupart des crises et guerres de l'histoire récente, dont les dénouements ont été marqués par des faits précis, la question de savoir à quel moment les forces de la coalition déclareront que la guerre contre le régime irakien est terminée est difficile à trancher.
En 1991, pendant la première guerre du Golfe, la victoire des forces alliées contre l'Irak avait été acquise par la libération du Koweït. En Roumanie, c'est la mort des époux Ceausescu, retransmise à la télévision, qui avait constitué le point final de la crise. En Allemagne de l'Est, l'effondrement du monde communiste avait été symbolisé par l'annonce officielle de l'ouverture du mur de Berlin. Tandis qu'à Prague les nouveaux temps avaient été inaugurés par Vaclav Havel, qui avait lu les noms du futur gouvernement devant la foule.
Mais aujourd'hui, rien de tel. D'un point de vue militaire, de hauts responsables américains ont affirmé que la victoire serait déclarée lorsque le régime de Bagdad aura été changé et que les forces de la coalition pourront se déplacer en toute sécurité dans la capitale. Mais le sort de Saddam Hussein, dont personne ne sait s'il a survécu ou non au raid aérien lancé contre lui lundi, reste un mystère qui hypothèque, au moins symboliquement, la matérialisation de la victoire.
Bagdad offrait pourtant hier tous les signes d'une fin de guerre. S'il n'est pas mort, Saddam Hussein a au moins publiquement disparu, puisque la télévision d'ةtat n'émet plus. Le fait que le très loquace ministre de l'Information se soit évanoui dans la nature, la fuite des «minders», les guides qui surveillaient les journalistes, comme les pillages et les scènes de liesse populaire dans certains quartiers de la capitale, sont autant de preuves que le régime irakien est en train de s'effondrer.
Un porte-parole américain a pourtant affirmé hier qu'il était «prématuré de parler de fin de l'opération», car la résistance des défenseurs irakiens demeure «acharnée et féroce». Le vice-président américain, Dick Cheney, est également resté très prudent : «Je ne peux pas dire avec certitude quand cette guerre sera finie... Je préviens tout le monde qu'il nous reste encore beaucoup à faire.»
Notamment neutraliser Tikrit, la ville natale du président, le fief du régime sunnite, à 170 kilomètres au nord de Bagdad. Si l'on en croit un porte-parole du Congrès national irakien (CNI), les hauts fonctionnaires de l'ةtat auraient quitté Bagdad pour se réfugier dans la région de Tikrit, où «ils ont des bunkers et des armes cachées», pour y livrer leur dernière bataille. «Nous ne pouvons pas dire que c'est la fin du régime tant que les hauts dirigeants du régime ne sont pas capturés. Il se peut qu'ils soient encore en train de planifier une attaque surprise, avec des armes chimiques ou d'autres types d'armes», a-t-il affirmé.
Selon un officier américain, les forces irakiennes étaient hier en train de se regrouper autour de Tikrit. Les bombardiers de la coalition ont donc pilonné la ville, tandis que l'état-major américain a engagé ses forces au nord du pays, afin d'empêcher les forces irakiennes de rejoindre Tikrit pour y organiser la résistance.
La guerre qui s'achève avec la prise de Bagdad pourrait avoir des prolongements. Pas seulement dans le nord de l'Irak, qui n'est pas encore occupé par les forces de la coalition. Malgré les démonstrations de joie qui ont accueilli l'entrée des forces américaines dans la capitale, les actions de guérilla et les embuscades pourraient se poursuivre pendant un certain temps.
Depuis la prise de l'aéroport international de Bagdad par les forces de la coalition, la Garde républicaine, force d'élite du régime, n'a guère fait parler d'elle. Et personne ne connaît l'étendue des pertes infligées aux fedayins de Saddam, un corps paramilitaire réputé loyal au régime. Ils ont très bien pu, redoutent certains officiers américains, se fondre dans la population civile afin de préparer des attaques contre les forces américaines.
Les risques «périphériques» de la guerre contre le régime irakien n'ont pas été non plus totalement écartés. Après avoir subi la répression du régime sunnite de Saddam, les populations chiites, notamment celles du quartier populaire de Saddam City, pourraient vouloir se venger. Au nord du pays, les Turcs pourraient également poser un problème supplémentaire s'ils décidaient d'entrer en Irak pour empêcher les Kurdes de s'emparer de la ville pétrolière de Kirkouk.
Sans compter les combattants arabes qui étaient venus épauler les défenseurs irakiens et qui n'ont pas encore tous quitté Bagdad. Les officiers américains affirmaient hier que les forces de la coalition ont été prises pour cible par certains de leurs tireurs embusqués. Peu entraînés, ils ne représentent pas une menace sérieuse pour les troupes américaines. Mais ils pourraient constituer un problème de sécurité pendant plusieurs jours.
Les ةtats-Unis doivent donc aujourd'hui gérer la phase deux de leur campagne irakienne. Il leur faut, pour terminer la guerre, nettoyer les dernières poches de résistance à Bagdad et dans le reste du pays, en combinant les efforts de l'armée, des marines, de la force aérienne et des forces spéciales. Provoquer un «point de basculement» à Tikrit, en maintenant la pression sur la division Adnan de la Garde républicaine. Une étape jugée indispensable «pour casser la structure du pouvoir de Saddam». A Bagdad, la seconde brigade de la 3e division d'infanterie va continuer à frapper les résidus des forces irakiennes. Afin d'empêcher tout débordement, la banlieue chiite de Saddam City aurait été ceinturée par les forces américaines.
Mais selon les experts, il faudrait davantage de troupes pour en finir avec toutes les poches de résistance et pouvoir efficacement prévenir les attaques de guérilla contre les forces anglo-américaines. C'est la raison pour laquelle le général Francks, qui se défend de vouloir imposer une «occupation» américaine en Irak, pourrait déléguer certaines tâches de sécurisation au nouveau gouvernement irakien.
Comme l'a récemment affirmé un responsable américain, «la guerre sera terminée lorsque le président (américain) dira qu'elle est terminée».
Isabelle Lasserre
Le Figaro
En 1991, pendant la première guerre du Golfe, la victoire des forces alliées contre l'Irak avait été acquise par la libération du Koweït. En Roumanie, c'est la mort des époux Ceausescu, retransmise à la télévision, qui avait constitué le point final de la crise. En Allemagne de l'Est, l'effondrement du monde communiste avait été symbolisé par l'annonce officielle de l'ouverture du mur de Berlin. Tandis qu'à Prague les nouveaux temps avaient été inaugurés par Vaclav Havel, qui avait lu les noms du futur gouvernement devant la foule.
Mais aujourd'hui, rien de tel. D'un point de vue militaire, de hauts responsables américains ont affirmé que la victoire serait déclarée lorsque le régime de Bagdad aura été changé et que les forces de la coalition pourront se déplacer en toute sécurité dans la capitale. Mais le sort de Saddam Hussein, dont personne ne sait s'il a survécu ou non au raid aérien lancé contre lui lundi, reste un mystère qui hypothèque, au moins symboliquement, la matérialisation de la victoire.
Bagdad offrait pourtant hier tous les signes d'une fin de guerre. S'il n'est pas mort, Saddam Hussein a au moins publiquement disparu, puisque la télévision d'ةtat n'émet plus. Le fait que le très loquace ministre de l'Information se soit évanoui dans la nature, la fuite des «minders», les guides qui surveillaient les journalistes, comme les pillages et les scènes de liesse populaire dans certains quartiers de la capitale, sont autant de preuves que le régime irakien est en train de s'effondrer.
Un porte-parole américain a pourtant affirmé hier qu'il était «prématuré de parler de fin de l'opération», car la résistance des défenseurs irakiens demeure «acharnée et féroce». Le vice-président américain, Dick Cheney, est également resté très prudent : «Je ne peux pas dire avec certitude quand cette guerre sera finie... Je préviens tout le monde qu'il nous reste encore beaucoup à faire.»
Notamment neutraliser Tikrit, la ville natale du président, le fief du régime sunnite, à 170 kilomètres au nord de Bagdad. Si l'on en croit un porte-parole du Congrès national irakien (CNI), les hauts fonctionnaires de l'ةtat auraient quitté Bagdad pour se réfugier dans la région de Tikrit, où «ils ont des bunkers et des armes cachées», pour y livrer leur dernière bataille. «Nous ne pouvons pas dire que c'est la fin du régime tant que les hauts dirigeants du régime ne sont pas capturés. Il se peut qu'ils soient encore en train de planifier une attaque surprise, avec des armes chimiques ou d'autres types d'armes», a-t-il affirmé.
Selon un officier américain, les forces irakiennes étaient hier en train de se regrouper autour de Tikrit. Les bombardiers de la coalition ont donc pilonné la ville, tandis que l'état-major américain a engagé ses forces au nord du pays, afin d'empêcher les forces irakiennes de rejoindre Tikrit pour y organiser la résistance.
La guerre qui s'achève avec la prise de Bagdad pourrait avoir des prolongements. Pas seulement dans le nord de l'Irak, qui n'est pas encore occupé par les forces de la coalition. Malgré les démonstrations de joie qui ont accueilli l'entrée des forces américaines dans la capitale, les actions de guérilla et les embuscades pourraient se poursuivre pendant un certain temps.
Depuis la prise de l'aéroport international de Bagdad par les forces de la coalition, la Garde républicaine, force d'élite du régime, n'a guère fait parler d'elle. Et personne ne connaît l'étendue des pertes infligées aux fedayins de Saddam, un corps paramilitaire réputé loyal au régime. Ils ont très bien pu, redoutent certains officiers américains, se fondre dans la population civile afin de préparer des attaques contre les forces américaines.
Les risques «périphériques» de la guerre contre le régime irakien n'ont pas été non plus totalement écartés. Après avoir subi la répression du régime sunnite de Saddam, les populations chiites, notamment celles du quartier populaire de Saddam City, pourraient vouloir se venger. Au nord du pays, les Turcs pourraient également poser un problème supplémentaire s'ils décidaient d'entrer en Irak pour empêcher les Kurdes de s'emparer de la ville pétrolière de Kirkouk.
Sans compter les combattants arabes qui étaient venus épauler les défenseurs irakiens et qui n'ont pas encore tous quitté Bagdad. Les officiers américains affirmaient hier que les forces de la coalition ont été prises pour cible par certains de leurs tireurs embusqués. Peu entraînés, ils ne représentent pas une menace sérieuse pour les troupes américaines. Mais ils pourraient constituer un problème de sécurité pendant plusieurs jours.
Les ةtats-Unis doivent donc aujourd'hui gérer la phase deux de leur campagne irakienne. Il leur faut, pour terminer la guerre, nettoyer les dernières poches de résistance à Bagdad et dans le reste du pays, en combinant les efforts de l'armée, des marines, de la force aérienne et des forces spéciales. Provoquer un «point de basculement» à Tikrit, en maintenant la pression sur la division Adnan de la Garde républicaine. Une étape jugée indispensable «pour casser la structure du pouvoir de Saddam». A Bagdad, la seconde brigade de la 3e division d'infanterie va continuer à frapper les résidus des forces irakiennes. Afin d'empêcher tout débordement, la banlieue chiite de Saddam City aurait été ceinturée par les forces américaines.
Mais selon les experts, il faudrait davantage de troupes pour en finir avec toutes les poches de résistance et pouvoir efficacement prévenir les attaques de guérilla contre les forces anglo-américaines. C'est la raison pour laquelle le général Francks, qui se défend de vouloir imposer une «occupation» américaine en Irak, pourrait déléguer certaines tâches de sécurisation au nouveau gouvernement irakien.
Comme l'a récemment affirmé un responsable américain, «la guerre sera terminée lorsque le président (américain) dira qu'elle est terminée».
Isabelle Lasserre
Le Figaro





Abdelhalim Hafed - موعود
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