Mohammed VI condamne la visite du Roi d’Espagne et invite Madrid à « un dialogue responsable »



Le Roi Mohammed VI a condamné mardi avec force la visite du Roi d’Espagne, Juan Carlos, aux villes de Ceuta et Mellila revendiquées par le Royaume chérifien et sous autorité espagnole, tout en invitant Madrid à « un dialogue responsable».

Le Roi du Maroc a tenu lors du conseil des ministres qu’il a présidé dans l’après-midi de mardi à Casablanca, à rendre publique sa position via un communiqué lu par son conseiller au début de la réunion, en sa qualité de « garant de la souveraineté du pays et symbole de son unité » tel que le stipule l’article 19 de la constitution.


« Nous exprimons avec force notre vive condamnation et dénonçons avec autant de fermeté cette visite sans précédent », a notamment souligné le Roi Mohammed VI.

« Face à cet acte nostalgique d’une ère sombre et décidément révolue, force est de faire assumer aux autorités espagnoles leur responsabilité quant aux conséquences qui pourraient mettre en péril l’avenir et l’évolution des relations entre les deux pays, et au flagrant irrespect par le gouvernement espagnol de la lettre et de l’esprit du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération conclu en 1991 », a-t-il fait prévaloir.

Le Roi Mohammed VI a exprimé son rejet ferme que les « constantes nationales sacrées » du Maroc « soient utilisées comme moyen dans le négoce espagnol interne et que nos valeurs, tout autant que nos intérêts soient exploités à chaque fois comme exutoire par ailleurs factice pour des surenchères et autres joutes politiques ».

La gestion de ce conflit territorial requiert, selon lui, « le respect des vertus d’un dialogue honnête, franc et ouvert sur l’avenir, un dialogue responsable qui garantisse « les droits de souveraineté du Maroc et « prenne en compte les intérêts de l’Espagne».

Mohammed VI a expliqué que cette « grande démarche ne saurait prendre son réel cheminement que par l’adoption d’une approche prospective pour l’édification de relations fructueuses entre le Maroc et l’Espagne et l’engagement fort et sincère pour leur consolidation dans le respect mutuel, la confiance totale ».

Depuis dimanche soir plusieurs villes marocaines ont connu des sit-in et des manifestations houleuses contre cette visite du Roi d’Espagne aux deux villes sous occupation espagnole depuis 1497.

Les manifestations les plus houleuses ont eu lieu aux postes frontaliers des deux villes, Ceuta (nord) et Mellila (nord-est) où des milliers de manifestants ont été unanimes à exprimer leur « grogne » et leur « vigoureuse condamnation » de cette visite, la première du genre depuis plus de 80 ans.

Des slogans de protestations ont été scandés des heures durant et des centaines de banderoles ont été brandies par des manifestants qui ont vu en cette visite « un signe d’affront », « un geste provocateur» et « une atteinte indélébile » à « l’amour propre des marocains ».

En guise de protestation contre cette visite, le Maroc a rappelé vendredi en consultation son ambassadeur à Madrid, pour une période indéterminée, sur décision du Roi Mohammed VI.

Le Maroc n’a cessé depuis son indépendance en 1956 de revendiquer sa souveraineté sur les deux villes et les îles situées sur le littoral méditerranéen.

En 1960, à l’occasion de la déclaration universelle sur la décolonisation devant l’Assemblée générale des Nations Unies, Rabat a appelé à mettre un terme à « la présence espagnole coloniale ».

Depuis l’adhésion de l’Espagne à la Communauté Européenne en 1986, le Royaume chérifien a régulièrement émis ses réserves dans tous les traités et conventions conclus avec l’Union Européenne pour « la préservation de la position légale du Maroc » à l’égard de cette question.

Le Maroc avait également proposé en 1987 de mettre en place une cellule de concertations avec l’Espagne pour trouver une issue à ce « vieux dossier » de décolonisation.
APA

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