Alan Greenspan, l’ancien directeur de la Banque Centrale américaine, répond aux questions d’Amy Goodman et de Naomi Klein, pour Démocracy Now, le 24 septembre 2007
Extraits:
Goodman : Alors que la crise du crédit continue à s’étendre et que le dollar a atteint son niveau le plus bas, nous recevons aujourd’hui l’ancien directeur de la Réserve Fédérale, Alan Greespan qui a dirigé la Banque Centrale durant presque deux décennies.
Il a été nommé en 1987 par Ronald Reagan et a quitté son poste en janvier 2006 après avoir déterminé les taux d’intérêts sous quatre présidents différents. Surnommé Le Maestro, il était considéré comme l’un des décideurs économiques les plus importants au monde. Il vient d’écrire un livre de 500 pages où il raconte ses mémoires, L’Age des Turbulences.
Goodman : C’est un plaisir de vous avoir parmi nous. Vous avez travaillé avec le président Reagan, les deux présidents Bush, et le président Clinton, que vous qualifiez de président Républicain. Pourquoi ?
Greenspan : C’était sensé être quasiment une plaisanterie.
Goodman : Parlez nous de lui
Greenspan : J’ai déclaré être un Républicain libertarien , ce qui signifie que je crois en un certain nombre d’idées comme la réduction de la taille de l’état, les contraintes sur le déficit public, le marché, la mondialisation, et toute une série d’autres thèmes, comme la réforme du système de santé. Comme vous devez vous en souvenir, Clinton était pratiquement sur la même .... Il appliquait ce même programme. Comme il l’a dit nous étions tous deux comme un vieux couple, car c’est un Démocrate centriste, ce qui n’est pas très éloigné des libertariens.
Goodman : A quel point diriez vous que vous étiez d’accord avec lui ?
Greenspan : Sur les questions économiques, je dirais 80%
Goodman : Et au sujet du président Bush ?
Greenspan : le président Bush avait cette caractéristique merveilleuse de savoir qu’il n’était pas à son avantage ni au nôtre d’interférer avec les actions de la Fed. Et je dois dire que durant toutes ses années il ne s’est jamais ravisé au sujet des actions de la Fed. C’était très important pour nous, et nous l’appréciions beaucoup.
Mais comme je l’ai dit dans mon livre, il ne s’est pas opposé, comme je le pensais nécessaire, à un congrès Républicain indiscipliné, qui je le crois s’est égaré, et a commencé à dépenser et à créer toutes sortes de déficits budgétaires. Sur le fond, ce que je crois, c’est que le gouvernement aurait pu faire beaucoup mieux si le droit de veto présidentiel avait été utilisé. Comme vous vous en souvenez il n’a pas utilisé du tout son droit de veto. Cela aurais je le crois conduit à des travaux plus équilibré au Congrès, et en ce sens, c’est à mon avis un bilan mitigé.
Goodman : parlons de la guerre en Irak. Vous avez déclaré ce qui pour beaucoup, dans les cercles ou vous évoluez, est inavouable. Que la guerre en Irak était pour le pétrole. Pouvez-vous vous expliquer ?
Greenspan : L’argument que je soulevais, c’est que s’il n’y avait pas eu de pétrole sous les sables d’Irak, Saddam Hussein n’aurait jamais été en mesure d’accumuler les ressources qui lui permettaient de menacer ses voisins, l’Iran, le Kowait, l’Arabie Saoudite. L’ayant observé durant trente ans, j’étais effrayé à l’idée que s’il parvenait à obtenir une arme nucléaire - je crois qu’il était très capable d’en acheter une - il aurait tenté et serait peut-être parvenu a contrôler le flux du pétrole via le détroit d’Ormuz. C’est le chenal par lequel passent 18 ou 19 millions de barils par jour sur les 85 millions de la production mondiale. S’il avait décidé de bloquer, disons 7 millions de barils, ce qu’il aurait pu faire en contrôlant le détroit, il aurait également bloqué une partie significative de l’activité économique mondiale.
L’ampleur de la menace qu’il représentait, telle que j’en percevais l’émergence, était effrayante. Donc le chasser de ses fonctions, le chasser de la position de pouvoir qu’il avait, c’était essentiel. Que cela soit fait d’une façon ou d’une autre n’avait pas d’ importance. Mais pour moi il est clair que s’il n’y avait pas de ressources pétrolières en Irak, l’aspect global de l’évolution de cette région du Moyen Orient aurait été différent.
Goodman : Nous sommes rejoints par Naomi Klein, auteur de la Doctrine de choc : naissance d’un capitalisme du désastre. Que répondez vous à cela, Naomi Klein ?
Klein : Je me demande si cela dérange M. Greenspan que toutes ces guerres pour les ressources dans des pays étrangers soient en fait illégales. M. Greenspan défend l’état de droit, l’importance de l’état de droit, dans son livre. Mais dans ses déclarations sur les raisons pour lesquelles cette question n’a pas été soulevée en public, il dit que cela n’était pas politiquement opportun. M. Greenspan, êtes vous conscient que selon les traités de la Haye et la convention de Genève, il est illégal d’envahir un pays pour ses ressources naturelles ?
Greespan : Non, ce que je disais c’est que le problème qui préoccupait, comme vous le savez, la plupart des gens en faveur de la guerre c’était celui des armes de destructions massives. Personnellement, je pensais que Saddam se comportait de telle manière qu’il avait probablement, pratiquement certainement, des armes de destruction massive. J’ai été surpris, comme la plupart, qu’il n’en ait pas. Mais ce que je disais, c’est que ma raison d’être réjoui de voir Saddam chassé du pouvoir n’avait rien a voir avec les armes de destruction massive. Elle avait à voir avec la menace potentielle qu’il pouvait exercer sur le reste du monde.
Klein : Oui, je comprends cela. Mais il n’a pas été simplement chassé. Les USA ont envahi l’Irak, l’ont occupé et ont pris le contrôle de ses ressources. Selon les lois internationales, c’est illégal de mener une guerre pour obtenir le contrôle des ressources naturelles d’un pays souverain.
Greenspan : Oui, non. Je suis tout à fait conscient du fait qu’il s’agit là d’un problème hautement, terriblement important. Comme je l’ai dit dans d’autres circonstances, j’ai toujours pensé que la question était celle de l’action préventive, souvent appelée pré-emptive, de la part de certains pays pour sécuriser des ressources, ou autre chose de même nature. C’est un problème qui remonte à la guerre froide, lorsque nous étions confrontés au dilemme moral de ce qu’il convient de faire quand vous pensez qu’un missile vient vers vous, sans que vous soyez sûr s’il s’agisse d’un accident ou pas. C’est un problème moral important pour les sociétés civilisées. (...)
Publication originale Democracy Now,
traduction Contre Info
Extraits:
Goodman : Alors que la crise du crédit continue à s’étendre et que le dollar a atteint son niveau le plus bas, nous recevons aujourd’hui l’ancien directeur de la Réserve Fédérale, Alan Greespan qui a dirigé la Banque Centrale durant presque deux décennies.
Il a été nommé en 1987 par Ronald Reagan et a quitté son poste en janvier 2006 après avoir déterminé les taux d’intérêts sous quatre présidents différents. Surnommé Le Maestro, il était considéré comme l’un des décideurs économiques les plus importants au monde. Il vient d’écrire un livre de 500 pages où il raconte ses mémoires, L’Age des Turbulences.
Goodman : C’est un plaisir de vous avoir parmi nous. Vous avez travaillé avec le président Reagan, les deux présidents Bush, et le président Clinton, que vous qualifiez de président Républicain. Pourquoi ?
Greenspan : C’était sensé être quasiment une plaisanterie.
Goodman : Parlez nous de lui
Greenspan : J’ai déclaré être un Républicain libertarien , ce qui signifie que je crois en un certain nombre d’idées comme la réduction de la taille de l’état, les contraintes sur le déficit public, le marché, la mondialisation, et toute une série d’autres thèmes, comme la réforme du système de santé. Comme vous devez vous en souvenir, Clinton était pratiquement sur la même .... Il appliquait ce même programme. Comme il l’a dit nous étions tous deux comme un vieux couple, car c’est un Démocrate centriste, ce qui n’est pas très éloigné des libertariens.
Goodman : A quel point diriez vous que vous étiez d’accord avec lui ?
Greenspan : Sur les questions économiques, je dirais 80%
Goodman : Et au sujet du président Bush ?
Greenspan : le président Bush avait cette caractéristique merveilleuse de savoir qu’il n’était pas à son avantage ni au nôtre d’interférer avec les actions de la Fed. Et je dois dire que durant toutes ses années il ne s’est jamais ravisé au sujet des actions de la Fed. C’était très important pour nous, et nous l’appréciions beaucoup.
Mais comme je l’ai dit dans mon livre, il ne s’est pas opposé, comme je le pensais nécessaire, à un congrès Républicain indiscipliné, qui je le crois s’est égaré, et a commencé à dépenser et à créer toutes sortes de déficits budgétaires. Sur le fond, ce que je crois, c’est que le gouvernement aurait pu faire beaucoup mieux si le droit de veto présidentiel avait été utilisé. Comme vous vous en souvenez il n’a pas utilisé du tout son droit de veto. Cela aurais je le crois conduit à des travaux plus équilibré au Congrès, et en ce sens, c’est à mon avis un bilan mitigé.
La guerre d’Irak
Goodman : parlons de la guerre en Irak. Vous avez déclaré ce qui pour beaucoup, dans les cercles ou vous évoluez, est inavouable. Que la guerre en Irak était pour le pétrole. Pouvez-vous vous expliquer ?
Greenspan : L’argument que je soulevais, c’est que s’il n’y avait pas eu de pétrole sous les sables d’Irak, Saddam Hussein n’aurait jamais été en mesure d’accumuler les ressources qui lui permettaient de menacer ses voisins, l’Iran, le Kowait, l’Arabie Saoudite. L’ayant observé durant trente ans, j’étais effrayé à l’idée que s’il parvenait à obtenir une arme nucléaire - je crois qu’il était très capable d’en acheter une - il aurait tenté et serait peut-être parvenu a contrôler le flux du pétrole via le détroit d’Ormuz. C’est le chenal par lequel passent 18 ou 19 millions de barils par jour sur les 85 millions de la production mondiale. S’il avait décidé de bloquer, disons 7 millions de barils, ce qu’il aurait pu faire en contrôlant le détroit, il aurait également bloqué une partie significative de l’activité économique mondiale.
L’ampleur de la menace qu’il représentait, telle que j’en percevais l’émergence, était effrayante. Donc le chasser de ses fonctions, le chasser de la position de pouvoir qu’il avait, c’était essentiel. Que cela soit fait d’une façon ou d’une autre n’avait pas d’ importance. Mais pour moi il est clair que s’il n’y avait pas de ressources pétrolières en Irak, l’aspect global de l’évolution de cette région du Moyen Orient aurait été différent.
Goodman : Nous sommes rejoints par Naomi Klein, auteur de la Doctrine de choc : naissance d’un capitalisme du désastre. Que répondez vous à cela, Naomi Klein ?
Klein : Je me demande si cela dérange M. Greenspan que toutes ces guerres pour les ressources dans des pays étrangers soient en fait illégales. M. Greenspan défend l’état de droit, l’importance de l’état de droit, dans son livre. Mais dans ses déclarations sur les raisons pour lesquelles cette question n’a pas été soulevée en public, il dit que cela n’était pas politiquement opportun. M. Greenspan, êtes vous conscient que selon les traités de la Haye et la convention de Genève, il est illégal d’envahir un pays pour ses ressources naturelles ?
Greespan : Non, ce que je disais c’est que le problème qui préoccupait, comme vous le savez, la plupart des gens en faveur de la guerre c’était celui des armes de destructions massives. Personnellement, je pensais que Saddam se comportait de telle manière qu’il avait probablement, pratiquement certainement, des armes de destruction massive. J’ai été surpris, comme la plupart, qu’il n’en ait pas. Mais ce que je disais, c’est que ma raison d’être réjoui de voir Saddam chassé du pouvoir n’avait rien a voir avec les armes de destruction massive. Elle avait à voir avec la menace potentielle qu’il pouvait exercer sur le reste du monde.
Klein : Oui, je comprends cela. Mais il n’a pas été simplement chassé. Les USA ont envahi l’Irak, l’ont occupé et ont pris le contrôle de ses ressources. Selon les lois internationales, c’est illégal de mener une guerre pour obtenir le contrôle des ressources naturelles d’un pays souverain.
Greenspan : Oui, non. Je suis tout à fait conscient du fait qu’il s’agit là d’un problème hautement, terriblement important. Comme je l’ai dit dans d’autres circonstances, j’ai toujours pensé que la question était celle de l’action préventive, souvent appelée pré-emptive, de la part de certains pays pour sécuriser des ressources, ou autre chose de même nature. C’est un problème qui remonte à la guerre froide, lorsque nous étions confrontés au dilemme moral de ce qu’il convient de faire quand vous pensez qu’un missile vient vers vous, sans que vous soyez sûr s’il s’agisse d’un accident ou pas. C’est un problème moral important pour les sociétés civilisées. (...)
Publication originale Democracy Now,
traduction Contre Info





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